Le forum

(αγορα ύδραυλις)


L'Hydraule

Tailles Cavaillé-Coll
dimanche 2 septembre 2012 16:45:16
Bonjour,

Suite à la lecture de l'article de Laurent Plet sur l'Étude de la tuyauterie d'Aristide Cavaillé-Coll, le paragraphe sur les différentes tailles utilisées par ce facteur ne me parait pas clair.

J'ai bien compris la notion de diapason établi à partir du diapason A du premier DO, ainsi que les différentes progressions utilisables selon la taille considérée.

Par contre ça se corse par la suite : des chiffres remplacent des lettres (ex : Montre A,B,C devient Montre 1,2,3) et pire apparition d'une double notation pour les Bassons (ex : série G1 à G5 ) que je ne comprends pas non plus.

Je me sens bête, quelqu'un pour m'apporter de la lumière ?



Modifié 1 fois. Dernière modification le 02/09/12 20:12 par smcj.
Re: Tailles Cavaillé-Coll
dimanche 2 septembre 2012 16:52:22
J'avais un doute dans un coin de mémoire et j'ai retrouvé ceci
[hydraule.org]

où l'on voit que chiffres et lettres sont différents pour les diapasons, avec la double notation pour les anches. J'étudie, et je reviendrai probablement avec des questions... smiling smiley
Re: Tailles Cavaillé-Coll
dimanche 2 septembre 2012 20:38:47
Bonsoir Orgadnosiste,

Il semble que la « nomination » de tailles (couple d’un diamètre de départ et d’un rapport de progression) soit, chez Cavaillé, assez arbitraire. Peu importe d’utiliser des chiffres, des lettres, ou les deux à la fois ; l’important est de savoir qu’un diapason nommé de telle manière corresponde bien au couple diamètre / progression.

Le relevé auquel vous faites allusion est de Ferdinand Prince. Il est à comparer avec celui, plus précis, fait par Laurent et complété en son temps par Jean Renaud.

Et puisqu’on parle de tailles, vous aurez aussi un petit complément sur les noyaux d’anche en allant lire des choses par ici..

Bonne étude donc,
winking smiley
Re: Tailles Cavaillé-Coll
dimanche 2 septembre 2012 21:29:16
Petit apparté : la documentation du net mentionne surtout Fernand Prince comme ancien de la maison Cavaillé-Coll et non Ferdinand... qu'en est-t'il réellement ?
Re: Tailles Cavaillé-Coll
lundi 3 septembre 2012 10:04:10
Bonjour,

L’Asssociation Aristide Cavaillé-Coll, dans le numéro 45/46 de La Flûte Harmonique qu’elle publie à fait paraître un article intitulé : « Souvenir sur Ferdinand Prince par Louis Eugène-Rochesson ». J’ai un peu de mal à croire que l’auteur de ce texte ait fait une coquille, à fortiori dans cette revue qui reste de référence. Je veux dire qu’une erreur peut être mainte fois copiée même s’il reste entendu qu’on peut quand même envisager une vérification auprès de gens plus compétents que moi dans ce domaine.

À suivre donc...
smiling smiley
Re: Tailles Cavaillé-Coll
mardi 19 mars 2013 20:43:10
Bonjour,
si ça peut intéresser les lecteurs, j'avais écrit cette explication sur les tailles que je mets en copier-coller :


Les tailles des tuyaux d'orgue

Très tôt les facteurs d'orgues se sont rendu compte qu'une série de tuyaux de même diamètre ne pouvait donner satisfaction quant à la constance du timbre dans l'étendue des sons parcourus du grave à l'aigu. Il fallait donc augmenter la taille en allant vers les graves, mais dans quelle proportion ?
Ils avaient bien constaté que la longueur des tuyaux devait se multiplier par deux pour chaque octave descendante, mais appliquer ce ratio au diamètre s'avérait inapplicable car les tuyaux des octaves graves devenaient beaucoup trop gros.
Sans doute, ne maîtrisant pas facilement les mathématiques, les anciens facteurs d'orgues ont-ils essayé de tracer à la règle diverses figures triangulaires comme une sorte d'échelle dont les montants verticaux, tendant à se rejoindre, feraient que les barreaux à égale distance les uns des autres et devenant de plus en plus courts donneraient les dimensions à appliquer à chaque tuyau d'une série. Nous avions là une progression arithmétique des tailles dans laquelle la différence de diamètre d'un tuyau à l'autre est constante . Or cette technique, si elle donne satisfaction pour un point de départ et un point d'arrivée donnés, c'est à dire pour les tailles arbitrairement choisies de la note grave et de la note aiguë, ne donne pas satisfaction pour le milieu de la tessiture.
Il fallait donc que les différences de taille de note à note deviennent de plus en plus grandes en allant vers le grave, comme le font les longueurs pour donner le bon ton.
Ceci fut fait à l'aide de tracés comme notre échelle, mais dont la position des barreaux se référait aux longueurs des tuyaux, s'écartant de plus en plus les uns des autres en représentation des notes graves. Le choix des mesures de la note grave et de la note aiguë dans ce nouveau graphique donnant, par liaison, les tailles intermédiaires dans une certaine forme de proportionnalité à la longueur ou, plus exactement, les termes d'une série à quotient variable. Là encore, le milieu de la tessiture agaça parfois les harmonistes chargés d'égaliser le timbre des séries de tuyaux.
Toutefois, ce dernier système d'élaboration des tailles si cher à Dom Bédos a été le plus utilisé jusqu'à l'arrivée de l'idée de progression géométrique.
Puisque les longueurs des tuyaux se multiplient d'octave en octave par une constante, on a pu se dire que leurs tailles devaient, elles aussi, se multiplier par une constante. Le problème étant, avant l'usage courant des tables de logarithmes, des règles à calcul, de la calculette électronique ou de l'ordinateur, d'établir ces fameuses progressions. Toepfer n'en voyait qu'une selon un unique ratio qu'il pensait idéal pour l'homogénéité du timbre (diamètre multiplié par 8 pour 4 octaves).
Cavaillé-Coll comprit très vite l'intérêt de l'usage de diverses progressions dont la raison serait choisie en fonction du timbre recherché et de l'acoustique des édifices auxquels ses instruments étaient destinés. Ce dernier fit calculer par Neuburger un grand nombre de séries géométriques dont les termes servaient à graduer des règles à l'usage des tuyautiers et harmonistes. Afin de ne pas être copié, il n'exprima pas clairement les données mathématiques et ces règles ont été appelées, par exemple, « règle de 120 division par mètre » au lieu de « progression par racine cent-vingtième de cent ». Veerkamp s'exprimera ensuite plus clairement en parlant de progression par racine quarante-huitième de six lorsque le diamètre de la montre s'est multiplié par six pour quatre octaves descendantes.
Aujourd'hui, pour établir le diapason d'un jeu, le facteur choisira les tailles de deux tuyaux, l'un moyennement grave et l'autre moyennement aigu, puis calculera la progression géométrique adéquate qui passe par ces tailles et donne le diapason du jeu entier.
Re: Tailles Cavaillé-Coll
mardi 19 mars 2013 23:20:19
Merci de votre copier/coller.

Cela me semble une bonne introduction de ce qui est nettement plus développé ici en général et en particulier, voire dans ce post de forum qui reprend l’idée que Pierre Chéron spéculait sur le fait que les mixtures anciennes, notamment françaises et par les fréquences médium qu’elles apportent, comblaient le « creux » de la méthodologie « alla Dom Bedos ».

Je suis assez d’accord aussi avec votre dernière phrase : « Aujourd’hui, pour établir le diapason d’un jeu [...] » Reste à préciser, quand même, que le travail du restaurateur, dans la plupart des cas, se doit de comprendre quelle était la façon de procéder avec les tuyaux qui lui reste (dans une mesure raisonnable, s’entend) pour l’appliquer en conscience ici plutôt que là...

Je ne suis, par contre, pas d’accord avec votre phrase : « Toutefois, ce dernier système d’élaboration des tailles si cher à Dom Bédos a été le plus utilisé jusqu’à l’arrivée de l’idée de progression géométrique » (souligné par moi). Les progressions utilisées au XIXe siècle ne sont pas géométriques dans la pratique, elles sont numériques. Aussi le terme ne me semble pas souligner suffisamment ce qui fait le geste, même s’il reste bien entendu qu’il est impossible de ne pas voir de concepts géométriques dans les logarithmes. N’empêche ; de Zwolle au mauriste, on a une règle et un compas (de proportion) dans la main. Chez Aristide et Johann-Gottlob, ce sont des tables de chiffres qui président aux règles de l’Art. Quelque chose — à mon sens — s’est brisé puisque ce n’est plus la main qui trace mais la tête qui détermine.

Dans quel document avez-vous trouvé l’expression « règle de 120 division par mètre » ? Cavaillé est un sodomite de lépidoptères a-culé à ses brevets. Dieu qu’il m’énerve avec ses petitesses !
Re: Tailles Cavaillé-Coll
mercredi 20 mars 2013 09:07:14
Entendons nous bien tout d'abord sur les expressions mathématiques:
- une suite ou progression arithmétique est une suite de nombres dont chacun est le précédent augmenté d'une constante (comme 2, 4, 6, 8, 10, 12...... dont la raison est 2)
- une suite ou progression géométrique est une suite de nombres dont chacun est le précédent multiplié par une constante (comme 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128.....dont la raison est 2); il ne s'agit pas d'une méthode de traçage à la règle, laquelle serait impossible vu qu'on a affaire à une exponentielle. Une suite géométrique pouvant être utilisée pour un diapason courant serait la liste des puissances de 1.045, c'est à dire partir de ce nombre multiplié par lui-même autant de fois que possible pour obtenir une grande liste dans laquelle vous prélèverez la portion qui vous convient (très utilisée). Je suppose que c'est ce que vous appelez suite numérique.


Je ne pense pas qu'il y ait de grandes difficultés à retrouver la méthode utilisée dans le cas d'une restauration, à condition que le nombre de tuyaux restants soit suffisant, et qu'ils soient équitablement répartis dans la tessiture du jeu.

Pour ce qui est de l'expression de n divisions par mètres, c'est l'intitulé de la table de Neuburger de 1865 étudiée par Pierre Chéron.

N'hésitez pas à me poser les questions d'ordre mathématique si vous le souhaitez,
je pars vite au boulot...

P.S. je suis peut-être un peu comme CC, je n'ai pas livré toutes les trouvailles des nombreuses années de bureau d'études, désolé !
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